Journée internationale de la Femme: Cette parité homme-femme qui bat de l’aile !
8 mars 2016 439 Vues

Journée internationale de la Femme: Cette parité homme-femme qui bat de l’aile !

Le 8 mars de chaque année, des groupes de femmes dans le monde entier célèbrent la Journée internationale de la femme. Selon l’ONU, «lorsque les femmes de tous les continents, souvent divisées par les frontières nationales et par des différences ethniques, linguistiques, culturelles, économiques et politiques, se réunissent pour célébrer leur Journée, elles peuvent voir, si elles jettent un regard en arrière, qu’il s’agit d’une tradition représentant au moins 90 ans de lutte pour l’égalité, la justice, la paix et le développement».

«La Journée internationale de la femme est l’histoire de femmes ordinaires qui ont fait l’histoire». C’est donc un moment de méditation, une occasion pour évaluer l’évolution de la situation de la femme, ses acquis, ses réalisations et ses aspirations et également une date symbolique pour rendre hommage à des femmes qui ont eu le courage et la persévérance de relever des défis, de prouver leur compétence et de mériter le respect et l’admiration.

La femme tunisienne, comme partout dans le monde, milite depuis des décennies pour s’imposer comme un être à part entière, tout comme l’homme voire meilleure que lui.

Il est utile de rappeler que les Tunisiennes se distinguent de leurs voisines et amies des pays arabes et musulmans d’une loi qui les protège, il s’agit évidemment du Code du Statut Personnel (CSP) promulgué le 13 août 1956 par décret beylical puis entré en vigueur le 1er janvier 1957, par l’ancien «combattant suprême» Habib Bourguiba. Ce code reste visiblement l’une des réalisations les plus célèbres et les plus audacieuses de l’ancien Chef de l’Etat Bourguiba et également l’un des plus précieux acquis de la femme la plus chanceuse des femmes arabo-musulmanes, la Tunisienne.

Etant donné que ce code comportait une série de lois progressistes visant l’instauration de l’égalité entre l’homme et la femme dans nombre de domaines, ce code a valu à Bourguiba le qualificatif de «libérateur de la Femme», puisqu’il défend ses droits et lui promet protection contre toute injustice sociale. Notre CSP national donne à la femme une place inédite dans la société et dans le monde arabo-musulman d’une manière plus générale. N’était-ce pas l’unique loi qui a, déjà dès 1956, aboli la polygamie, contrairement à tous les autres pays arabo-musulmans, qui n’ont pas encore à ce jour, eu le courage de le faire?!

Il faut reconnaître qu’en «offrant» à la femme ses droits, Bourguiba avait à l’époque réfléchi, agi et décrété cette loi, étant sensible à la cause féminine et suffisamment intelligent pour comprendre l’enjeu et l’importance de la participation de la femme tunisienne dans la vie socio-économique du pays.

Toutefois, la femme tunisienne reste vulnérable et le risque de la voir souffrir de discrimination sociale et professionnelle n’est pas des moindres. Selon une étude réalisée récemment  par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF) sous tutelle du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, en partenariat avec l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes,  53.5% des femmes interrogées ont répondu qu’elles ont déjà été victimes de violence dans les espaces publics.

Cette étude, qui a concerné près de 4000 femmes, a démontré que 78.1% des femmes tunisiennes ont été agressées verbalement, 41.2% ont subi des violences physiques et 75.4% ont subi des violences sexuelles dans des espaces publics. Selon cette même étude, toutes les femmes sont concernées par ces violences, indépendamment de leur appartenance sociale.

Auparavant, une enquête menée par l’Institut national démocratique pour les Affaires internationales (NDI) et financée par le gouvernement canadien auprès de 1.527 femmes, dans 150 localités en Tunisie, a porté sur « les priorités et perceptions des Tunisiennes ». Il en ressort que plus de huit femmes sur dix ayant été victimes de violences, subies majoritairement dans le cadre familial, ne portent pas plainte en Tunisie.

Autres chiffres choquants de cette enquête et présentés à la Presse, 23% des Tunisiennes disent avoir été victimes de violences, principalement d’ordre « psychologique et verbal » (80%) mais aussi physique (40%). Plus de la moitié ont lieu dans le cadre familial (53%). Surtout, 81% des victimes déclarent ne pas avoir porté plainte après ces violences, lesquelles touchent principalement les divorcées (57%).

Concernant les mesures à entreprendre, 34% des Tunisiennes évoquent la nécessité de « lois fermes », de « sanctions à l’encontre des personnes qui violentent les femmes » (26%) et d’ »actions de sensibilisation » dans les médias et les services sociaux (13%).

Enfin cette enquête montre que 71% des Tunisiennes jugent qu’il devrait y avoir « davantage de mesures pour donner à la femme des opportunités sur le marché de l’emploi ».

Ainsi, la femme tunisienne souffre encore de la «suprématie» de l’homme, en dépit de tous ses acquis. Le chemin reste long à parcourir avant que la Tunisienne puisse prétendre à l’égalité dans l’emploi, les salaires, la représentativité politique…

Mais il reste tout de même primordial que la femme se sente respectée déjà chez elle, dans sa famille, dans son entourage professionnel et dans les espaces publics. Pour ce faire, la femme doit lutter encore pour imposer le respect et l’homme devrait remettre en question sa vision de la femme et voir en elle une vraie partenaire et non pas uniquement une «femelle» !

Dorra Megdiche Meziou

Source: Journée internationale de la Femme: Cette parité homme-femme qui bat de l’aile !

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